En choisissant Danser à Lugnhasa, la pièce la plus populaire du « Tchekhov Irlandais » Brian Friel, l’Entracte se confronte à une pièce dont le modeste sujet pourrait dérouter.
Dans la maison familiale des sœurs Mundy ni acmé, ni grandiloquence, mais l’histoire au jour le jour d’une ferme irlandaise menée par cinq femmes. Derrière l’apparente simplicité de la situation, la richesse de la pièce tient à la force et à la chaleur des personnages : Cathy, l’institutrice, dont la morale et les croyances vont être mises à mal ; Rose et Agnès, qui derrière leur tricot rêvent d’un ailleurs ; Chris, la fille mère, honteuse parfois, mais surtout amoureuse ; leur frère, missionnaire rentré d’Afrique, vieillard égaré dans un monde qu’il ne reconnait plus ; ou encore Maggie qui, non sans humour, s’agite au centre pour masquer les lézardes que l’on voit apparaître partout. Seul garant de cette histoire : Michael, le narrateur de ce « curieux mélange de souvenirs ». Il nous mène insensiblement vers la fin, rappelant à sa mémoire les moments forts de ces existences à la fois drôles et tristes, fortes et brisées, mais toujours touchantes et peu à peu si réelles pour le spectateur.
Le projet de mise en scène est à l’image de cette histoire qui refuse l’extraordinaire mais où pourtant éclate l’insolite comme éclate le rire ! Ce travail répond à la simplicité et à la force du texte de l’auteur : s’attacher à rendre sur scène la profondeur de chaque personnage, leur chaleur et leur tendresse sans pour autant sacrifier la rudesse des situations qu’ils traversent. C’est donc un travail de sincérité que les acteurs mènent face au texte comme face à eux-mêmes même : laisser le maximum de liberté aux comédiens, tout en repoussant sur la scène les limites imposées par un très court temps de création. C’est aussi laisser libre cours à l’inconnu, à l’improvisation : le travail repose essentiellement sur un jaillissement des émotions, sur quelque chose de très spontané qui vient nourrir les comédiens et la dramaturgie. Autant d’efforts qui seraient voués à l’échec si l’Entracte n’était pas une vraie troupe, soudée à la vie comme à la scène.
La troupe du Celsa a reçu, lors de la 24e édition du festival, le prix de la meilleure comédienne (Sandra Provasi) pour L'’émission de télévision de Michel Vinaver.
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